(Film) Deux jours à tuer de Jean Becker

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Euterpe
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(Film) Deux jours à tuer de Jean Becker

Messagepar Euterpe » 15 Mars 2013, 17:58

Vendredi est pour nous une source d’inspiration pour célébrer notre passion du cinéma. Le prétexte de revisiter notre cinémathèque ou partager avec vous une découverte récente.
Cette semaine n’échappe pas à la règle, nous restons dans le cinéma français, qui décidément nous étonne agréablement à chaque film que nous visionnons.

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Deux jours à tuer un film de Jean Becker avec Albert Dupontel

Film français
Réalisateur : Jean Becker
Genre: comédie dramatique
d’après l’œuvre de François d’Épenoux
Sortie dans les salles: 2008
Durée: 85 minutes

Distribution:

Albert Dupontel est Antoine Méliot
Marie-Josée Croze est son épouse Cécile Méliot,
Pierre Vaneck est le père d’Antoine
Alessandra Martines est Marion Dange
Cristiana Reali est Virginie
Mathias Mlekuz est Éric
Claire Nebout est Clara
Daphné Bürki est Bérengère
François Marthouret est Paul
Xavier Gallais est Marc, l’auto-stoppeur en recherche d’emploi.

Jean Becker qui a réalisé ce film est le fils du réalisateur Jacques Becker, il va avoir 80 ans cette année. On lui doit des films merveilleux autant que didactiques sur les choses de la Vie, autant que distrayant, tout simplement.
Je citerais ces quelques films qui m’ont plus ou qui ont marqué ma mémoire, je vous invite à les visionner à votre tour:

« Tendre Voyou » tourné en 1966 avec dans le rôle principal Jean-Paul Belmondo;
« L’Été meurtrier » tourné en 1983 avec Isabelle Adjani, Alain Souchon, Michel Galabru, Suzanne Flon, François Cluzet;
« Élisa » tourné en 1995, avec la jolie Vanessa Paradis et Gérard Depardieu, sur une musique de Serge Gainsbourg;
« Les Enfants du marais » un film adorable tourné en 1999, avec Jacques Villeret, Jacques Gamblin, André Dussollier, Michel Serrault et Eric Cantona;
« Un crime au paradis » tourné en 2001, avec Jacques Villeret et Josiane Balasko;
« Dialogue avec mon jardinier » tourné en 2007, avec Daniel Auteuil, Jean-Pierre Darroussin, Fanny Cottençon. Un film tendre et fort à la fois, toujours en rapport avec la fin de la Vie.

Tous les films de Jean Becker ont quelque chose en commun, les sentiments humains. Ce réalisateur n’a pas fait beaucoup de films, mais ils sont tous excellents.

L’histoire

Antoine Méliot est marié, père de deux enfants, un chien, une villa, un métier dans la publicité qui lui apporte un certain confort financier, bref, il est l’archétype du chef d’entreprise français qui a réussi et qui devrait être heureux. Mais alors pourquoi d’un coup va t il balayer en un instant ce qu’il a mis des années à construire?
« … j’ai donné quinze ans de ma vie à cette boite, un vrai mercenaire de la pub, une pute, oui … »
Un beau matin, Antoine décide alors de mettre les pendules à l’heure et dire ce qu’il a sur le cœur histoire de faire le « ménage » autour de lui. Il commence lors d’une réunion de boulot où il quitte en claquant la porte, non sans avoir dit devant son client, son associé et ses employés autour de la table, ce qu’il pense vraiment du produit sur lequel ils travaillent depuis 3 mois sans résultat.
« Je n’ai plus la Foi Sébastien … Ecrire des texte mensongers, infantiles, affligeants de bêtises, j’en ai marre… »
42 ans ce jour, c’est encore jeune à bien y penser. Il va chercher sa belle mère et profite du voyage dans l’auto pour lui remettre les idées en place. Il lui explique avec des mots bien sentis à quel point elle est chiante, quelle râle tout le temps, bref quelle casse les burnes. C’est à se pisser de rire au vu du contexte.
Celles et ceux qui ont eu envie d’envoyer bouler leur belle mère un jour, vont être comblés.

Un repas dans un bistro avec une amie. Une soit disant « meilleure amie » qui voit ce qu’elle voit et en rend compte à Cécile son épouse et voilà, c’est assez pour entamer une dispute.
S’en suis un quiproquo avec son épouse, ce qui va les mener quand même à sa journée d’anniversaire. Sa femme a organisé en secret un repas avec quelques amis dans le but de lui faire la surprise. Ils décident d’un commun accord de ne rien changer à ça … il va rester, jouer le jeu jusqu’au bout.

Antoine part essayer une Jaguar type E avec l’un de ses amis et là encore, c’est hilarant.

« … Qu’est ce qui t’a pris, tu es un grand malade, … Oh, on s’est bien marré, il ne faut pas se mettre dans tous ces états, ce n’est qu’un tas de ferraille avec des roues… ce n’est qu’un jouet, mettre autant de pognon là dedans, allez, grandi un peu… »

Puis vient le repas… « Oh, un anniversaire surprise, que c’est original… » (ironie inside)

Le Champagne est débouché et pendant qu’il remplit les verres, Antoine écoute les sujets de conversations des uns et des autres. Puis après avoir visité ses enfants, arrive le temps de la remise des cadeaux…

Et c’est là que ça devient franchement intéressant pour ne pas dire jubilatoire, j’en ai encore les larmes aux yeux, de rire

Le repas autour duquel il va régler ses comptes. Ou plutôt se libérer. Je me demande en cet instant s’il est odieux pour vrai ou si ce n’est qu’une pirouette.
Bref, il va un à un écorner ses soit disant « amis » et ça ne va pas être triste. Nous étions crampés.

Vu le contexte on est en droit de se demander s’il a vraiment l’intention de blesser ou si ce n’est qu’une ultime comédie pour se faire suffisamment haïr et pourvoir partir l’esprit en paix?

C’est toute la question.

Après quoi, Antoine se rend en Irlande pour voir son père qui vit là en ermite depuis près de trente ans et qu’il n’a pas revu depuis. Arrivé là, les choses se calment un peu.

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Pierre Vaneck dans le film de Jean Becker Deux jours à tuer

Un mot sur la distribution

Albert Dupontel, que l’on avait vu dans le film dramatique « La proie» est à la base un humoriste.
Il possède à son actif, une belle liste de rôles plus étonnants les uns que les autres. Je ne citerais que ceux qui ont retenu mon attention:
« Un héros très discret » de Jacques Audiard en 1996;
« Bernie » d’Albert Dupontel, toujours en 1996;
« Les Acteurs » de Bertrand Blier en 2000;
« Un long dimanche de fiançailles » de Jean-Pierre Jeunet en 2004;
« Fauteuils d’orchestre » de Danièle Thompson en 2006;
« Jacquou le croquant » de Laurent Boutonnat en 2007;
« L’Ennemi intime » de Florent Emilio Siri, tourné en 2007. Un film puissant, violent, sur une période de l’histoire de France que tout le monde veut oublier, avec également Benoît Magimel;
« Paris de Cédric » Klapisch en 2008;
« Le Bruit des glaçons » de Bertrand Blier en 2010.

La force de Albert Dupontel, c’est son regard. Toute la puissance du regard associé à des traits du visage expressif, ce cocktail nous donne un mélange plutôt explosif.
On aime ou pas, mais impossible de rester indifférent devant un tel personnage. Il est le sarcasme incarné, un pince sans rire, la dérision portée à son paroxisme.

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Marie-Josée Croze dans le film Deux jours à tuer de Jean Becker

Marie-Josée Croze, est née à Longueuil au Québec, banlieue sud de Montréal (Canada). Elle campe ici un rôle plus effacé, une mère de famille en proie avec une situation qui la dépasse. Elle arrive à un âge où elle peut tenir ce type de rôle, plus mature.
Son visage expressif, ses grands yeux, sont parfaitement intégrés dans ce scénario. On y trouve la bienveillance d’une mère, la tristesse de la femme, de l’amante.
C’est une belle actrice que l’on a vu jouer dans l’excellent film » Ne le dis à personne » de Guillaume Canet en 2006. Mais c’est avec « Les Invasions barbares » de Denys Arcand en 2003, que son nom s’est internationalisé.
Je retiens également sa participation aux films: « Le Nouveau protocole » de Thomas Vincent en 2007 aux côtés de Clovis Cornillac, un autre bon film que je vous recommande.

Daphné Bürki tient un tout petit rôle, mais les plus férus de cinéma auront sans doute noté le ressemblance avec la comédienne anglaise Hattie Morahan qui jouait dans le film « The bank job » sorti en 2008.

Conclusion

Cela fait bien longtemps que nous n’avions pas autant ri devant un drame.

Les répliques sont cinglantes, sarcastiques, justes parfois, mais jamais consensuelles. On assiste dans ce film à un réquisitoire sur notre société en toile de fond de cette tragédie humaine qui inexorablement va s’achever.

Le cinéma de Jean Becker est intimiste au delà d’être intense. Il va toujours chercher les sentiments les plus profonds de l’homme et de la femme pour les mettre en exergue. Je note également chez lui une fascination pour la mort ou du moins pour la fin de la vie et sa représentation. Il aime montrer les réactions violentes dont sont capables les humains et il y parvient avec une étonnante facilité, à tel point que ça en est troublant de vérité.

Nous avons eu grand plaisir à revoir Pierre Vaneck, un comédien plus en vogue à l’époque où nous étions adolescents.

Xavier Gallais fait une brève apparition, qui lui change du rôle qu’il tenait dans "Requiem pour une tueuse" . Ce geste altruiste est bienvenu et nous recolle à l’humaine réalité, mais cette scène semble aussi tomber comme un cheveux sur la soupe. j’ai comme l’impression que le réalisateur ne voulait pas que son personnage principal passe pour un salaud.

Il me semble qu’au tout début du film, lors de la réunion d’équipe, avoir aperçu Denis Menochet, que l’on a pu également voir dans les films, « Le Skylab » et "Forces spéciales" . Il est ici plus jeune, plus mince aussi.

Nous avons moins aimé la partie où les enfants sont ridiculisés lors de la remise des cadeaux d’anniversaire à leur père; même si ça reste du cinéma, il y a des situation plus touchantes que d’autres.

Sinon, voici par quoi je devais clore cette chronique, en empruntant quelques tirades extraites du film, du moins celles qui nous ont marqué:

« … Avoir de l’argent et ne vivre que pour l’amasser, j’appelle ça une vie de con, c’est comme vivre dans un palais, dont ont aurait visité uniquement les chiottes durant toute sa vie… combien de vrais beaux moments mémorables as tu vécus? allez, vas y… comment veux tu que je sache. Je vais te le dire moi, mis bout à bout, ça fait à peine un an et encore je suis large. le reste du temps tu as dormi, fait la bouffe, fais le ménage, fait ton devoir quoi. La Vie la vraie Vie, son sirop, c’est quoi? le fric, le confort… arff, c’est pour ça qu’on est sur cette terre?
Moi, j’ai besoin de me sentir vivant… »

« … mais il sait que j’ai raison pardi, c’est ridicule de prétendre que l’argent ne fait pas le bonheur, c’est de l’hypocrisie, c’est l’alibi du nanti, celui qui a dit ça devait être un notable fils de pute qui n’a jamais su ce que c’était que le manque de fric … ce Konnard© n’a jamais connu l’angoisse de se faire refuser sa carte bancaire dans un supermarché avec devant soi la caissière qui agite sa clochette… », « … parce c’est dans vos gènes d’être irréprochables… » « … En fait, vous n’êtes pas mes amis, vous êtes quoi d’ailleurs, des connaissances au mieux,… je n’ai pas un ami autour de cette table, je suis seul et plus ça va je me rend compte que je n’ai rien à voir avec tous ces cons… »
« … la vérité, elle fait mal, elle éclabousse la vérité,… » « … pas facile de jouer les salauds pour cacher la vérité… » « Papa, si tu te voyais… »

La chanson à la fin du film « Le Temps qui reste » est interprétée par Serge Reggiani. Un bonhomme attachant, avec cette façon de prononcer les mots, ses bruits avec ses lèvres, lui seul a cette caractéristique lorsqu’il chante, reconnaissable entre tous et juste assez d’émotion dans la voix pour faire passer le message. J’a-do-re!

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La réunion du père et son fils après 30 ans d’absence

Cependant une question subsiste, pourquoi les gens attendent soit d’être très vieux ou à l’article de la mort pour faire leur introspection?

Si comme nous vous avez les idées claires, que vous composez avec une société imparfaite mais que malgré tout, votre amour de la Vie vous pousse en avant à vous réaliser dans vos passions et savez faire le bien autour de vous quand il le faut. Mais surtout si vous êtes conscients que la Vie est courte et savez faire la différence entre frivolité et ce qui est important, alors, vous allez adorer ce film, qui excelle dans l’art de déranger.

Bon et bien, Je vous souhaite un très bon moment de cinéma.

Salutations du Québec où il semble que l'hiver ait décidé de revenir s'installer.
Lorsque tu fais quelque chose, sache que tu auras contre toi, ceux qui voudraient faire la même chose, ceux qui voulaient le contraire, et l’immense majorité de ceux qui ne voulaient rien faire.
[Confucius]

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Re: (Film) Deux jours à tuer de Jean Becker

Messagepar AnagraM » 18 Mars 2013, 13:48

On a tenté, il y a quelques mois déjà.
J'ai beaucoup aimé les autres films de Becker que j'ai vu (L’Été meurtrier, Les Enfants du marais, Un crime au paradis, Effroyables Jardins aussi que tu n'as pas cité).
Mais là, non. Les dialogues sont lourds, le film est pesant, on n'a vraiment pas trouvé ça drôle. On a coupé après 30 minutes, tellement on trouvait ça chiant. Une vraie déception pour nous..

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Re: (Film) Deux jours à tuer de Jean Becker

Messagepar RNO » 19 Mars 2013, 17:13

retente dans 20 ans.
A mon avis ca aura changé.
RN :mrgreen:
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Le cerveau, comme le parachute, doit être ouvert pour fonctionner. -- Pierre Daninos

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Re: (Film) Deux jours à tuer de Jean Becker

Messagepar AnagraM » 19 Mars 2013, 19:32

Je programme mon agenda.. :D

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Re: (Film) Deux jours à tuer de Jean Becker

Messagepar Le-Saint » 14 Avr 2013, 20:59

Chef d'oeuvre. Et y a rien de drôle en effet ou alors faut un putain de sens de l'humour.
D'abord, le poète compose des vers, ensuite les vers le décomposent.

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Re: (Film) Deux jours à tuer de Jean Becker

Messagepar shacard » 14 Avr 2013, 22:07

Un tres beau film.

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Re: (Film) Deux jours à tuer de Jean Becker

Messagepar Le-Saint » 15 Avr 2013, 00:20

Et j'ai l'impression qu'Euterpe n'a rien compris au propos du film, ce qui n'enlève rien à la qualité de ses articles. Moi aussi je passe probablement à coté de films dont je n'ai pas saisi ce qu'a voulu dire le réalisateur.
D'abord, le poète compose des vers, ensuite les vers le décomposent.

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