Bullet Ballet / Tokyo Fist (Shin'ya Tsukamoto)

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takelow
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Bullet Ballet / Tokyo Fist (Shin'ya Tsukamoto)

Messagepar takelow » 08 Sep 2004, 19:11

Salut à tous,

Comme l'édition DVD studio canal des films de Shin'ya Tsukamoto regroupe les films 2 à 2, et que Bullet Ballet est proposé en pack avec Tokyo Fist, je met à la suite mes ch'tites critiques pour ces deux films :wink: .

Ayant été emballé par le couple Tetsuo / Tetsuo II de l'étrange Shynia Tsukamoto, c'est avec plaisir que j'ai inséré la première des deux galettes ("Bullet Ballet"), son cinquième long metrage, dans le lecteur. Quel bien m'en à pris! :lol:

Bullet Ballet:

Goda, un family-man japonais typique, découvre au tout début du film le suicide de sa fiancée. Désoeuvré, il déambule dans tokyo et tombe sur un groupe de jeunes déliquants qui le maltraite et le violente. Son obsession à présent est de trouver une arme à feu...

Le film, sorti en salle japonaise en 1998, est tourné en noir et blanc, certainement le meilleur choix esthétique que le réalisateur pouvait faire afin de nous montrer Tokyo tel qu'il le voit. Pour lui, Tokyo est un monstre, habité par des monstres. Les jeunes japonais sont montrés comme des individus dénués de toute ambition et qui ne savent rien faire de leur vie.

La mise en scène est particulièrement intéressante, entre autre grace au choix de trés longues focales et grace à des travelling latéraux particulièrement long (cf la fin du film).

Les acteurs sont trés bons et portent sur leur visage le spectre de leurs émotions. Je veux dire par là que Tsukamoto est un réalisateur qui "vide" ses personnage pour n'y laisser apparaitre que leur subconscient. On pourrait ainsi le rapprocher avec David Lynch dans son rapport avec ses personnage.
Ce choix de traitement renforce encore l'ambiance du film.
Le scenario quant à lui se construit sous nos yeux, baladant le spectateur d'un lieu à un autre, d'une situation à une autre. Mais contrairement à Tetsuo , ici le spectateur ne se perd pas dans les pensées des personnages, celles-ci étant exteriorisées.

Bullet Ballet est une oeuvre désespérée, confrontant l'attitude et le point de vue de trois générations vis à vis de la violence. Peu de lueur d'espoir dans ce film noir, hormis lors de la dernière scène, magnifique, extrèmement lourde de sens et d'émotion.

Pour moi, il s'agit d'un grand film, qui nous sort des productions courantes et qui nous force à modifier notre regard de la société. Un bon 17/20.
Je pense que ceux qui auront la curiosité d'y jetter un oeil ne seront pas déçus.

Tokyo Fist:

Tsuda, un family-man japonais typique (décidement), et son vieil ami Kojima vivent une vie aseptisée, dans un tokyo macabre. La boxe va leur permettre de connaitre la douleur, seul et unique moyen pour eux de se sentir vivants...

Ce film est sorti en salle au japon en 1995. Il a donc était réalisé avant Bullet ballet et finit la trilogie tokyoïte de Tsukamoto. Il est donc plus proche de Tetsuo/ Tetsuo II dans son traitement, même si le style de film est trés différente (Tetsuo est un film qualifié de SF par Tsukamoto lui-même). On retrouve cependant la même vision d'un tokyo aliéné et alienant que dans Bullet ballet.

La mise en scène est trés nerveuse, certaines séquences rappelant Tetsuo. Mais il s'agit ici de boxe, et sur le ring la caméra se transforme en un 3ème combatant. Elle se permet même quelques "coup de poings" aux protagonistes. Du coup, les combats sont trés réaliste de ce point de vue. Cependant, cela va peut-être un peu trop loin au niveau des déformations faciales en fin de combats. On y perd ici un peu en réalisme, mais cela colle au sujet principal du film: la douleur.
Et de la douleur, je peux vous assurer qu'il y en a: coup de poings, coups de coude, coups de tête contre les murs (si, si), auto-mutilation...tout y passe.
Le thème est trés proche de ce que l'on trouve dans Fight Club: la rennaissance par la douleur. Une rumeur circule d'ailleurs selon laquelle David Fincher se serrai inspiré de Tokyo Fist (JP Dionnet à menné son enquète, David Fincher ne semblait pas connaitre Tsukamoto, mais l'auteur du livre ayant inspiré Fight club l'aurait lui connu...).

Le jeu d'acteur est dans le pur style du réalisateur (qui joue le personnage principal, d'ailleur, comme dans la quasi-majorité de ses films). La musique est toujours du même compositeurs, toujours nerveuse, d'autant plus que l'on voit les personnages s'exterioriser et révéler leur nature animale profonde.

Le scenario est ici également un élément secondaire. Il y a une trame, mais c'est l'évolution de ses personnages dans un certain contexte qui importe le plus à Tsukamoto. Et de ce point de vue là, c'est trés reussi.

Encore une fois, Tsukamoto signe une oeuvre forte, personnelle violente et sans concession. Ce film ne plaira certainement pas à tout le monde (combien de film peuvent s'en targuer?) mais mérite amplement un visionnage.
Moi, j'ai vraiment beaucoup aimé. Allez, hop 16/20.


Plus je découvre ses films, et plus je trouve que Tsukamoto est un excellent réalisateur. Il a son optique, sa propre vision du monde et il l'expose, film aprés film. Bref il a sa griffe, sa signature, et pour moi, c'est une trés grande qualité. :wink:

A+
Take

takelow
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Messagepar takelow » 09 Sep 2004, 10:31

L'univers de Tsukamoto vous rebute tant que ça??? :lol: :lol:

A+
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MatiouzTone
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Messagepar MatiouzTone » 09 Sep 2004, 10:42

takelow a écrit :L'univers de Tsukamoto vous rebute tant que ça??? :lol: :lol:

A+
Take


Non, non pas du tout. En fait je ne connais pas ces oeuvres, mais j'ai bien envie de les decouvrir.

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eric-v
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Messagepar eric-v » 09 Sep 2004, 11:12

Matias a écrit :
takelow a écrit :L'univers de Tsukamoto vous rebute tant que ça??? :lol: :lol:

A+
Take


Non, non pas du tout. En fait je ne connais pas ces oeuvres, mais j'ai bien envie de les decouvrir.


Fait gaffe Matias, les dvd sont vendus avec un petit sachet de poudre blanche indispensable pour pouvoir apprécier l'oeuvre :lol:

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Le-Saint
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Messagepar Le-Saint » 09 Sep 2004, 11:31

Normalement , tu devrais avoir quelques réponses de l'inenarrable ribouldingue dans les heures qui viennent .
D'abord, le poète compose des vers, ensuite les vers le décomposent.

http://aspirant-auteur.over-blog.com/

takelow
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Messagepar takelow » 09 Sep 2004, 11:52

eric-v a écrit :Fait gaffe Matias, les dvd sont vendus avec un petit sachet de poudre blanche indispensable pour pouvoir apprécier l'oeuvre


:o AHHHH, jusqu'ici tu me traques, chasseur de loups garrou et de vampires.... :P
Va de retro, satanas.... :lol:

Le-Saint a écrit :Normalement , tu devrais avoir quelques réponses de l'inenarrable ribouldingue dans les heures qui viennent .

Mais avec plaisir. :wink:

A+
Take

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BaNDiNi
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Messagepar BaNDiNi » 09 Sep 2004, 13:22

:D

Shinya Tsukamoto est un de mes réals préférés, artiste complet et auteur fou, réalisateur virtuose, acteur impeccable, être humain passionnant.

Tokyo Fist est un film sur la douleur, la souffrance physique comme seule solution pour retrouver la sensation de vie. L’histoire d’un salary man qui devient boxeur pour retrouver son humanité. Un film sombre et très violent où chaque protagoniste expérimente une souffrance corporelle. Certains plans sont bien gore, inondés de sang, de salive, de la peau boursouflée et d'ecchymoses qui déforment les visages. Un film où Tsukamoto expérimente (encore et toujours) avec sa caméra et offre un final saignant orchestré par un marteau-pilon.

Bullet Ballet est lui aussi imprégné par la souffrance. Tokyo est encore une ville noire et poisseuse où les êtres humains torturés survivent en attendant la mort. Obsessionnel et désespéré, le film de Tsukamoto n'en est pas moins bourré d'émotions. Le revolver est ici sacralisé, il devient une excroissance du corps. Le fer dans la chair, la mutation, des thèmes chers au réalisateur. Un film qui laisse des cicatrices au spectateur.

Takelow, si ce n’est pas fait, les visions des autres coffrets de Studio Canal est impérative. Tetsuo 1 et 2 (où la fascinante imagerie métallique du réalisateur explose dès les premières secondes et saisi n’importe quel spectateur) ainsi que l’extraordinaire Gémini (son meilleur film à mon avis, un film de commande qu’il s’approprie… il explore la dualité de deux jumeaux dans des images incroyables, montage et cadrage à tomber par terre) et Hiruko The Gobelin (autre film de commande, un film d’horreur inspiré avec des têtes-araignées façon The Thing ;)) et son court Denchu Kozo qui est caché sur un des coffrets, l'histoire d'un enfant né avec un poteau electrique dans le dos...

"un brun d'anarchisme hystérique, un soupçon de sadomasochisme et de bonne vieille ultra violence, trois pincées d'obsessions morbides et un zeste d'érotisme romantique" De "l'acide filmique pur" comme le disait David Martinez à l'époque, il y a longtemps… :D

En attendant A Snake Of June en DVD Z2 (Tsukamoto reviens dans le giron du film sombre et dérangé avec ce serpent de juin érotique, humide et sale. La caméra est (plus ou moins) calmée pour apporter plus d’épaisseur aux thèmes chers au cinéaste. Zen et brutal, délicat et malsain, le corps humain est encore une fois déformé, la mécanique sert toujours le plaisir. Un film étrange avec une fin baroque qui donne tout son sens au titre… Tsukamoto est un génie) et Vital, son dernier, au cinéma…

Tetsuo 1 :
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Tetsuo 2 :
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Gemini :
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Hiruko :
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Tokyo Fist :
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Bullet Ballet :
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takelow
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Messagepar takelow » 09 Sep 2004, 13:36

Ahh! :D
Ca fait plaisir de trouver un amateur de Tsukamoto.
On m'a presque fait passé pour fou toxicomane (vilain eric! :wink: )!!!

J'ai déja pu voir l'extraordinaire couple Tetsuo/ Tetsuo II. Je parle de couple car pour moi il s'agirait presque d'une même oeuvre, passant du pur experimental à la scénarisation.
Par contre, je n'ai pas encore pu me procurer Gemini et Hiruko the gobelin, mais vu ce que tu en dis, je pense que cela va vite être fait!
Pour ce qui est de son court métrage, sais tu exactement dans quel coffret on peux le trouver, car j'en ai deux sur les trois, donc avec un peu de chance... :?

J'attends évidemment avec grande impatience A snake of June et Vital.

Quoiqu'il en soit, j'aime vraiment beaucoup la profondeur des oeuvres de Tsukamoto, dans lequel on trouve tout à la fois des effluves des grands David: Lynch (dans le traitement des personnages, vidée de leur substance et pour l'utilisation récurrente de thèmes dans la filmo) et Cronemberg (pour le thème du rapport de la chaire et de l'industriel, des mutations corporelles comme source de renaissance), ce qui m'a fois, ne sont pas les plus mauvaises références :wink:

A te lire
Take

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Messagepar eric-v » 09 Sep 2004, 14:22

Take et bandini, vous me gardez une ligne, hein? :lol:

takelow
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Messagepar takelow » 09 Sep 2004, 14:42

On ne mange pas de ce pain, là, nous!!
Tsukamoto serait déçu de t'entendre dire ça!
Une piquouse sinon rien!!!! :lol: :lol: :lol:

A+
Take
Dernière édition par takelow le 09 Sep 2004, 14:53, édité 1 fois.

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Messagepar eric-v » 09 Sep 2004, 14:44

takelow a écrit :On ne mage pas de ce pain, là, nous!!
Tsukamoto serait déçu de t'entendre dire ça!
Une piquouse sinon rien!!!! :lol: :lol: :lol:

A+
Take


Perso, j'ai jamais essayé de faire l'amour à ma femme avec une perceuse en guise de sexe :lol: :lol: si ce n'était pas de la coke, c'était du saké :lol:

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Messagepar takelow » 09 Sep 2004, 14:56

Mais tu as essayé de faire l'amour à ta femme en compagnie d'un gomba??? Pas sur qu'elle apprécie :lol:

P.S: Gomba: personnages plus qu'étrange dans "Le Festin Nu", filme culte d'eric-v.

A+ canaille!
:D Take

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Messagepar eric-v » 09 Sep 2004, 15:02

takelow a écrit :Mais tu as essayé de faire l'amour à ta femme en compagnie d'un gomba??? Pas sur qu'elle apprécie :lol:

P.S: Gomba: personnages plus qu'étrange dans "Le Festin Nu", filme culte d'eric-v.

A+ canaille!
:D Take


Allez, j'avoue: Je rêve tous les jours que si les jeunes filles de "Picnic at Hanging Rock" ne sont jamais rentrées, c'est parce que je hante ce lieu et qu'elles ne peuvent plus se passer de moi... 8)

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Messagepar takelow » 09 Sep 2004, 15:06

MDR :D

Mais revenons à Tsukamoto! :wink:

A+
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Messagepar BaNDiNi » 09 Sep 2004, 16:32

takelow a écrit :Ahh! :D
Ca fait plaisir de trouver un amateur de Tsukamoto.
On m'a presque fait passé pour fou toxicomane (vilain eric! :wink: )!!!

J'ai déja pu voir l'extraordinaire couple Tetsuo/ Tetsuo II. Je parle de couple car pour moi il s'agirait presque d'une même oeuvre, passant du pur experimental à la scénarisation.
Par contre, je n'ai pas encore pu me procurer Gemini et Hiruko the gobelin, mais vu ce que tu en dis, je pense que cela va vite être fait!
Pour ce qui est de son court métrage, sais tu exactement dans quel coffret on peux le trouver, car j'en ai deux sur les trois, donc avec un peu de chance... :?

J'attends évidemment avec grande impatience A snake of June et Vital.

Quoiqu'il en soit, j'aime vraiment beaucoup la profondeur des oeuvres de Tsukamoto, dans lequel on trouve tout à la fois des effluves des grands David: Lynch (dans le traitement des personnages, vidée de leur substance et pour l'utilisation récurrente de thèmes dans la filmo) et Cronemberg (pour le thème du rapport de la chaire et de l'industriel, des mutations corporelles comme source de renaissance), ce qui m'a fois, ne sont pas les plus mauvaises références :wink:

A te lire
Take


Tetsuo 1 et 2 sont clairement le même film, l'oeuvre originale et son remake en quelque sorte, un peu à la manière de Sam Raimi pour Evil Dead 1 & 2. L'un proposant la fougue d'une première oeuvre avec une créativité totalement artisanale mais géniale, l'autre étant plus "calme" et plus "clair"...

Sam Raimi justement est une autre influence qu'on retrouve chez Tsukamoto en plus de Lynch et Cronenberg. Caméra énergique et cadres impossibles...

Le court qui est en fait un moyen métrage (46') se trouve en bonus dans le coffret... Gemini/Hiruko :wink:

Si ce n'est pas déjà fait et si je peux te conseiller la lecture du fabuleux HK Magazine numéro 13 (janvier 2000) qui consacre un énorme dossier au réalisateur, "Shinya Tsukamoto, expert en métal" avec interview fleuve et articles analytiques sur ses films. Passionnant.
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